La Voie maritime du Saint-Laurent doit ouvrir plus longtemps en hiver, plaident les armateurs

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Ottawa, l’Ontario et le Québec multiplient les annonces pour stimuler la production locale et le commerce interprovincial. Comme ces échanges se font aussi par bateau, les Armateurs du Saint-Laurent (ASL) souhaitent que la Voie maritime du Saint-Laurent soit ouverte plus longtemps en hiver.
Cette association représente 29 armateurs qui transportent des marchandises et des passagers sur le Saint-Laurent ainsi que sur les Grands Lacs, dans l’Arctique et dans les provinces maritimes.
Inaugurée en 1959, la Voie maritime du Saint-Laurent est une route commerciale binationale, gérée conjointement par le Canada et les États-Unis. À partir de Montréal, elle relie le fleuve aux cinq Grands Lacs (Supérieur, Michigan, Huron, Érié et Ontario) par un système d’écluses.
En entrevue à Les Affaires, le PDG des ASL, Saul Polo, souligne qu’une saison de navigation plus longue aurait deux retombées importantes pour l’industrie maritime :
Elle stimulerait le commerce sur la Voie maritime du Saint-Laurent, qui fonctionne à 50% de sa capacité;
Elle permettait aux armateurs de retenir plus facilement leurs clients qui ne peuvent pas utiliser leurs services durant toute l’année dans l’axe Québec-Ontario.
« Souvent, un expéditeur va choisir d’autres moyens de transport, comme le train ou le camion, car il n’est pas capable d’utiliser le transport maritime toute l’année ou seulement dix mois », déplore-t-il.
En 2025-2026, La Voie maritime du Saint-Laurent (la section Montréal-Lac-Ontario) a été ouverte durant 296 jours, soit du 22 mars 2025 au 12 janvier 2026.
Dans un monde idéal, les ASL aimeraient qu’on puisse graduellement ajouter des jours de navigation, en janvier (avant la fermeture) et en mars (avant l’ouverture) afin de permettre aux bateaux de naviguer sur une période plus longue, allant par exemple de 320 à 330 jours.
Par conséquent, la Voie maritime ne fermerait environ qu’un mois par année plutôt que deux mois, fait valoir Saul Polo. À ses yeux, naviguer durant environ 11 mois serait un game changer pour les entreprises qui font du commerce interprovincial et qui souhaitent réduire leurs coûts de transport et leurs émissions de gaz à effet de serre – toute proportion gardée, le bateau émet moins de GES que le camion et le train.
En revanche, les Armateurs du Saint-Laurent sont conscients qu’il faudrait faire des investissements en infrastructure et utiliser davantage de brise-glaces pour garder cette voie commerciale ouverte plus longtemps en hiver.
Le prolongement de la saison est un objectif à «long terme»
Jointe par Les Affaires, la Corporation de gestion de la Voie Maritime du Saint-Laurent n’a pas été en mesure de nous accorder une entrevue à ce sujet.
En revanche, dans un courriel, Serge Auclair, vice-président, relations commerciales et externes, souligne que le prolongement de la saison de navigation « est un objectif à long terme » sur lequel la société réfléchit et qu’elle analyse. « Il s’agit d’un enjeu complexe qui va au-delà du cadre de la Voie maritime. Il nécessite une approche coordonnée avec l’ensemble des partenaires du corridor des Grands Lacs et du Saint-Laurent », insiste-t-il.
Selon lui, le prolongement de la saison de navigation nécessiterait également la collaboration de l’ensemble des intervenants. On parle ici notamment des administrations de la Voie maritime, des gouvernements, des services de déglaçage, des ports, des transporteurs maritimes et des clients qui utilisent cette route commerciale.
Serge Auclair souligne qu’il faudrait aussi réaliser des « investissements importants » pour adapter les infrastructures et les systèmes à des conditions d’exploitation prolongées durant la saison froide.
C’est sans parler des brise-glaces, qui sont déjà requis dans les opérations de la Voie maritime, et dont le modus operandi devrait nécessairement être réévalué si on prolonge la saison de navigation.
Article de François Normand — Les Affaires
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